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Recommandation 4personnaliser

Maison Atelier du maître verrier Barillet

Adresse :
15, Square Vergennes
75015 Paris

Itinéraire
Catégorie :
Monuments et Bâtiments
Les plus :
Architecture et oeuvres architecturales

Plus de détails :
Lieu historique
Louis Barillet abandonne en 1932 son atelier de la rue Alain-Chartier, devenu trop exigu et incommode depuis que ses activités ont pris de l’ampleur, pour s’installer au 15 square Vergennes, dans des locaux spacieux et fonctionnels conçus par Mallet-Stevens. Ce projet s’inscrit tout naturellement dans la suite d’une longue collaboration entre les deux hommes, amorcée au lendemain de la Grande Guerre. L’exécution des vitraux et mosaïques s’incarne dans une suite d’opérations précises et ordonnées qui aboutit à la production d’objets. Cette suite logique conditionne l’établissement du programme. Au-delà du parti fonctionnel, la construction exprime un double caractère symbolique. D’une part, alors même que la construction se situe en période de crise économique, elle manifeste la réussite sociale et financière de l’entreprise, alors à l’apogée de sa notoriété. D’autre part, le choix de l’architecte proclame l’engagement de son commanditaire dans le camp des modernes, celui de l’UAM.

Au premier regard, l’omniprésence du verre sous toutes ses formes – vitrail, verrière, fenêtres filantes – affirme l’importance extrême qui a été accordée par l’architecte à la lumière. L’agencement des éléments constitutifs de l’édifice traduit l’organisation fonctionnelle du plan1. Dans la partie centrale du bâtiment, le rez-de-chaussée est consacré à l’atelier de mosaïque et aux fours destinés à la cuisson des grisailles. Une large porte permet le passage des livraisons de matériaux (verre, marbre), stockés dans la réserve du sous-sol, et l’expédition des vitraux et des mosaïques terminés. En étage, une immense verrière éclaire les espaces réservés au travail du vitrail : au 1er, un atelier de découpe et de sertissage du verre, et sur deux niveaux, aux 2e et 3e, les ateliers où sont exécutés les dessins en vraie grandeur (cartons, choix des verres, assemblage provisoire, peintures des grisailles) et où sont présentés les vitraux, que l’on installe sur une armature réglable au devant de la verrière pour juger par transparence de leurs effets plastiques. Une galerie en pourtour de l’atelier, éclairée par la cour intérieure, abrite les services d’archives et un laboratoire photographique. Les bureaux attenants aux ateliers sont installés dans une aile courbe en saillie. Ateliers et bureaux sont réunis, à chaque étage, par des vestibules donnant accès à l’ascenseur monte-charge et à la cage d’escalier, dont l’éclairement est assuré par une étroite verrière occupant toute la hauteur au-dessus de la porte d’entrée. Ce vitrail réalisé dans la technique du «verre blanc» se signale comme une enseigne des activités de l’atelier. En retrait derrière une terrasse, le dernier étage est réservé à l’appartement du maître-verrier.

Afin d’organiser les postes de travail, l’espace est libéré des structures porteuses par l’emploi du béton armé, qui permet de concevoir des planchers lourdement chargés sur des portées importantes. Les descentes de charges sont reportées au maximum en périphérie de la construction, libérant ainsi de toute contrainte la distribution des espaces. L’orientation de la façade principale au nord fournit une lumière uniforme, favorable au travail du vitrail, mais pour répondre au manque de clarté en fond d’atelier, Mallet-Stevens ménage une cour intérieure mitoyenne au sud de la parcelle, qui lui offre la possibilité d’ouvrir des fenêtres au sud et à l’ouest. De même, la partie en saillie correspondant aux bureaux isole et protège la grande verrière de la façade principale des ombres portées par le bâtiment mitoyen et procure aux bureaux une orientation à l’est.

L’inscription du vitrail dans la façade illustre ce que Mallet-Stevens définit comme une relation heureuse entre les deux disciplines : «Quand l’architecte voit dans l’espace des volumes bien ordonnés, le peintre-verrier trace des lignes et oppose des couleurs heureuses. Phénomène curieux que celui qui unit si étroitement deux branches de l’art pourtant si différentes2.» Ce vitrail au caractère monumental décrit les activités de l’atelier, dont chacune est symbolisée par une ville emblématique : Chartres figure le vitrail, personnifié par un souffleur de verre, Ravenne, la mosaïque, sous les traits de l’impératrice Théodora, et Athènes (incarnée par la déesse Athéna), les fondements de la culture occidentale. La représentation, qui mêle motifs abstraits et figures géométrisées, joue sur la variété des verres industriels imprimés, translucides ou noirs, opales, beiges et rosés, et des miroirs montés double face. De ce fait, la paroi devient vivante : le vitrail se lit et s’admire de l’intérieur comme de l’extérieur, de jour comme de nuit. «Il est du reste fort captivant d’orchestrer ces réfractions et d’harmoniser dans cette lumière blanche les subtilités de demi-teintes renforcées de valeurs qui nous sont données par le miroir et qui peuvent aller jusqu’au noir pur3.» À l’intérieur, Louis Barillet a installé entre l’atelier et le vestibule un autre vitrail (une Histoire de Psyché4) traité dans un esprit plus intimiste. Le travail de la mosaïque est également présent, avec un motif décoratif sur les thèmes de la chasse ou de la nature, incrusté dans le revêtement de sol en granito de chacun des paliers de vestibule. Par la justesse des réponses qu’il donne à un programme très technique, Mallet-Stevens offre à Louis Barillet plus qu’un simple atelier.
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